“i” comme un faux

Au delà d’indices inquiétants quant à l’influence du COMETA sur le GEIPAN, on peut reconnaître à ce dernier un beau travail de mise à disposition des données recueillies par ses prédécesseurs (pour l’instant celles du SEPRA, puis celles du GEPAN — bien que l’on trouve déjà quelques cas antérieurs à 1988 — et peut-être d’autres inédites à venir grâce au travail d’un historien écumant les gendarmeries). Enfin, bien sûr, tout ne peut pas être parfait du premier coup. On pourrait bien sûr parler du site resté inutilisable 1 semaine pour cause de trop forte audience (au point que nos amis conspirationnistes ont failli y voir la confirmation de leurs théories les plus folles), mais la situation a finit par se normaliser, avec un peu de bon sens. De bons vieux fichiers statiques ont remplacé les accès dynamiques (SiTools+JavaScript) initialement proposés, permettant du même coup de référencer plus facilement ces pages de l’extérieur. Mais ceci n’est qu’anecdotique. Quid du site maintenant disponible ? Est-il satisfaisant, et comment peut-on l’améliorer ?

Article initialement posté le 2 avril 2007

Un ami ufologue m’a récemment fait la remarque de l’absence d’un accès “direct” aux données (pour faire vite, un accès direct au fichiers de leur base de données). Je lui ai répondu que son attente était compréhensible (les scientifiques pour qui le GEIPAN publie ces données ne devraient pas avoir à re-saisir chaque cas dans leur propre base), elle était probablement illusoire : quand bien même un tel fichier “brut” serait disponible, il faudra de toute façon l’intégrer au système que le scientifique souhaite utiliser (pour calculer ses analyses, statistiques par exemple) et donc adapter soit les données au programme, soit le programme aux données. Ce problème classique vise à être résolu par le projet Archipelago.

Ce point mis à part, que peut-on dire des données, sur le fond ? Jacques Patenet avait dit que les ufologues risquaient d’être déçus. Oui et non. Non parce que l’on trouve dans le site du GEIPAN nombre de cas peu connus, ne serait-ce que les cas identifiés ou probablement identifiés dont on devrait plus souvent se préoccuper pour les comparer aux inexpliqués. Non également de par la présence de documents forts intéressants, comme l’analyse par Claude Poher (pourtant partisan de l’hypothèse extraterrestre) de la photo de McMinnville, réputée une des plus crédibles (après les analyses de Hartmann — pour la Commission Condon — et de Maccabee notamment) concluant à la photographie d’une maquette ! Mais décevant oui aussi, de par la parfois piètre qualité de saisie des données. Qu’il s’agisse de données contradictoires (l’incident de Marcilly/Meaux par exemple, est à la fois décrit comme observé le 12 et le 22 juin, ce cas d’Epinac de mars 1994, décrit comme ayant eu lieu en 1993, ou ce cas de Saint Pol sur Ternoise décrit comme ayant eu lieu la nuit du 30 mai au 1er juin mais “observé le 01/07/1995”, ou encore celui-ci de Montluel en 1999 décrit comme ayant eu lieu en août 2007 — c’est-à-dire dans 4 mois !), mélangées (on trouve dans le dossier du 5 novembre 1990 des coupures de presse — 000269R — de la rentrée atmosphérique du 27 janvier 1983 par exemple ) ou carrément fausses (ne cherchez pas non une fameuse observation de triangle au Col-de-Vence dans les Alpes-Maritimes, elle a été relocalisée en Ile-de-France [EDIT: corrigé aujourd’hui], en Seine-et-Marne plus exactement ; quant à Vincennes, cherchez plutôt dans les Yvelines qu’en Val-de-Marne [EDIT: corrigé aujourd’hui]). Vous me direz que ce n’est pas si grave et qu’après tout, tant qu’on a les données brutes (les PVs de gendarmerie scannés), on retrouvera toujours les bonnes infos. Malheureusement, ce serait oublier que tous les noms de lieux, justement, ont été caviardés de ces documents. Vous êtes donc condamné à être victime de ces possibles erreurs de saisie, sans possibilité — à moins d’une erreur grossière, comme cité précédemment — de contrôle. Ce caviardage d’ailleurs (en blanc au lieu de noir, ça fait plus sympathique mais c’est bien moins pratique à lire) se révèle particulièrement strict dans les documents téléchargeables… contrairement aux descriptions détaillées de cas. Alors que dans les premiers, tous les noms propres, y compris les noms de lieux, y sont supprimés, ils peuvent apparaître en clair dans ces dernières (la description de l’observation du 5 novembre 1990, encore une fois, en fournit un bel exemple, citant comme témoin le spationaute Jean-Pierre Haigneré, et comme points d’entrée et de sortie du phénomène sur le territoire le Golfe de Gascogne et l’Alsace ; informations au combien “sensibles” et ôtées du document de synthèse de J.-J. Velasco sur cette affaire). L’heure des observations enfin, qui peut apparaître dans ces descriptions détaillées, se retrouve grossièrement estimée par tranches de 2 h dans les témoignages non-aéronautiques.

Mais il y a plus grave. La louable entreprise de publication du GEIPAN nous offre un point de vue sans pareille sur le travail de son prédécesseur, le SEPRA dont, c’est le moins que l’on puisse dire, on peut contester le classement de certains cas. Le statut du fameux PAN D, censé être un cas “béton” où l’ensemble des informations recueillies ne permet que de conclure à un phénomène réellement inexplicable, en prend un coup. Par exemple, le passage très rapide (1/10ème de s) d’un objet devant un cockpit est classé comme tel alors que, du propre avis des témoins comme du SEPRA, il pourrait très bien s’agir d’une oie ou d’un ballon. Un classement C, faute de description de ce whatizit, n’aurait-il pas été plus opportun ? Egalement des ronds au sol, sur un terrain de foot en pleine banlieue parisienne sur lequel sont passés des gens du voyage mériterait, à défaut de quelconques analyses du sol, au mieux un classement C, mais sûrement pas D. Le pire étant peut-être ce cas apparemment très troublant, ou un motard suit et filme un objet volant d’apparence cylindrique. Alors que la description détaillée conclut à un phénomène inexpliqué classé D, le rapport des gendarmes conclut, après visionnage du film, à un ballon-sonde probable ! On comprend, tout d’un coup, la forte proportion de PAN D dans les dernières statistiques déclarées par le GEIPAN. La question se pose alors : quels sont les critères objectifs de classification en PAN D ? Ont-ils toujours été les mêmes au GEPAN, au SEPRA, et aujourd’hui au GEIPAN ?

L’honnêteté commande toutefois de rappeler combien la critique est facile. Le GEIPAN n’est pas responsable de ces classements antérieurs à 2006 et gageons que, en dehors de ces quelques trains qui arrivent en retard, la majorité des données disponibles sont correctes. Tout le monde fait des erreurs — l’auteur de ce billet le premier — et ces dernières ne suffisent pas à annuler l’intérêt de la publication de ces données. La pression imposée pour leur sortie — initialement prévue pour mi-2006, puis début 2007, pour finalement aboutir mi-mars — n’a certainement pas aidé au travail serein qui aurait dû présider à la réalisation d’un produit de qualité. Je reste d’ailleurs à la disposition du GEIPAN pour l’aider dans sa tâche. En attendant cependant, je vais plutôt conseiller à mon ami, quand bien même le GEIPAN en viendrait-il à fournir ses données brutes, de ne pas les utiliser… aveuglément.

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